Socialisation, identité et sujet politique

« À partir d’archives issues du MLF et des premiers collectifs lesbiens à Paris (témoignages militants, tracts, manifestes, comptes rendus de réunions, etc.), cet article s’intéresse à la genèse de la non-mixité lesbienne dans son lien avec le mouvement féministe. Retraçant l’histoire des stratégies de politisation et de dépolitisation de la non-mixité lesbienne, il examine tout d’abord les résistances aux premières tentatives de politisation de la non-mixité lesbienne au sein du MLF, au nom d’un féminisme universaliste. Il s’intéresse ensuite à la manière dont ces résistances ont poussé les lesbiennes à opérer un tournant « identitaire » au milieu de la décennie, visant à revendiquer la visibilité de l’identité lesbienne dans le féminisme. Enfin, l’émergence du lesbianisme radical en 1980 inaugure une rupture définitive d’une partie du mouvement lesbien avec le mouvement féministe via la théorisation de la non-mixité lesbienne comme pratique de résistance à une norme « oubliée » par le MLF : l’hétérosexualité ». 

« Cet article décrit des choix de militantes qui montrent différentes combinaisons possibles entre nature et constructivisme. Il ne présente pas une théorie de la différence des sexes et des genres, même s'il observe que l'homosexualité féminine est beaucoup moins visible que son pendant masculin et qu'il s'agit là d'un reflet supplémentaire de la domination sociale masculine ».

« Le présent article est basé sur deux recherches exploratoires menées respectivement en Suisse et en France par entretiens semi-directifs. Nous

nous proposons d’examiner quel rapport des lesbiennes et bisexuelles

issues de mouvements communautaires (réseaux associatifs, bars lesbiens) entretiennent avec les catégories produites par le système de genre, plus précisément comment les conceptions identitaires lesbiennes sont structurées par le genre, concept défini ici à la fois comme système de rapports sociaux hiérarchisés et comme système de représentations traduisant ce rapport ».

« Les sociétés occidentales se montrent aujourd’hui plus ouvertes et tolérantes envers l’homosexualité. Toutefois, l’ordre social demeure fortement hétéronormatif. Or, la présomption d’hétérosexualité étant toujours aussi prégnante, les homosexuels sont appelés à s’engager dans une construction identitaire complexe. Comment construit-on une identité homosexuelle dans un tel contexte social ? Comment la gère-t-on socialement? 


Telles sont les questions au cœur de cet article qui vise à rendre compte des dimensions intervenant dans le processus de construction de l’identité homosexuelle, des tensions pouvant surgir, ainsi que des stratégies identitaires développées pour gérer celles-ci ».

« Dans cet article, l'auteure démontre que la circulation et la consommation croissante des images lesbiennes dans l'espace public participent du phénomène complexe d'une culture du visible. Tout en soulignant les inévitables compromis qui découlent d'une telle négociation de la visibilité, elle retrace le potentiel culturel qu'une telle marchandisation de la " différence " représente pour les lesbiennes. L'identité et le désir lesbiens sont donc analysés ici en tant que produits représentationnels aptes à être consommés autant par les hétérosexuels que par les lesbiennes. Par une analyse des diverses stratégies de négociation du désir lesbien tirées de deux films populaires tant auprès d'un public hétérosexuel que gai (Gazon maudit et When Night is Falling), la critique confronte la matérialité de l'identité lesbienne au cinéma à la valeur de l'image saphique sur le marché de l'identité ».

« Après avoir présenté brièvement les origines et les objectifs de ma recherche sur l'expérience lesbienne à Montréal durant les années 1950 et 1960, j'expose les réflexions théoriques qui façonnent mes interrogations sur cette expérience passée. Partant d'un double postulat, constructionniste et féministe, j'examine successivement des écrits féministes qui définissent le lesbianisme comme une non-conformité au rôle sexuel, les analyses constructionnistes qui l'appréhendent comme un phénomène culturel, la thèse d'Adrienne Rich qui place le lesbianisme dans un continuum de résistance à l'institution hétérosexuelle patriarcale et enfin la perspective féministe matérialiste qui permet de l'inscrire dans les rapports sociaux de sexe ».

« Dans son essai sans doute le plus célèbre – “La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne” – Adrienne Rich renverse les perspectives habituelles : au lieu de voir l’existence lesbienne comme marginale et déviante, elle choisit de problématiser l’hétérosexualité comme quelque chose qui ne va pas de soi ».